Où vivent vos données quand vous utilisez l'IA, et pourquoi la question se tranche au départ
Cela dépend entièrement du montage choisi, et c'est une décision, pas une fatalité. Trois options existent : un modèle exécuté sur du matériel installé dans vos locaux, où rien ne sort du réseau local ; un hébergement en Suisse ou dans l'Union européenne avec un contrat de sous-traitance ; ou l'usage direct d'un service grand public, où le contrôle est le plus faible. Le choix se fait au début du projet, parce qu'en changer après coup revient presque toujours à tout reconstruire.
C'est la question qui arrête le plus de projets d'IA en entreprise, et elle arrive presque toujours au mauvais moment : une fois que le système fonctionne, quand quelqu'un demande où passent les dossiers. À ce stade, la réponse est souvent « je vais me renseigner », et le projet s'arrête là.
Elle se tranche au départ, en même temps que le périmètre. Il n'y a que trois options réelles.
Option 1 : sur votre matériel
Une machine est installée dans vos locaux et fait tourner le modèle localement. Aucune donnée ne quitte votre réseau, et c'est vérifiable : un prestataire informatique peut observer le trafic sortant et constater qu'il n'y en a pas.
- Pour qui : les métiers sous secret professionnel, fiduciaires, avocats, médecins, et toute structure dont les clients l'exigent contractuellement.
- Ce que ça coûte : du matériel à l'achat, et des modèles plus petits que ceux des services en ligne.
- La limite : un modèle local reste moins performant sur les tâches de rédaction libre. Sur l'extraction et le classement de documents, l'écart est faible.
Option 2 : hébergé, et documenté
Le système tourne sur une infrastructure en Suisse ou dans l'Union européenne, avec un contrat de sous-traitance qui nomme les serveurs, les modèles et la durée de conservation. Les données sortent de chez vous, mais vers un endroit identifié, sous un contrat que vous pouvez produire si on vous le demande.
C'est le cas courant, et il convient à la grande majorité des entreprises. Le point qui compte n'est pas que les données sortent, c'est que vous puissiez dire précisément où elles vont, à qui, et pour combien de temps.
Option 3 : le service grand public
Coller un document dans une interface publique est la solution la plus rapide et la moins maîtrisée. Selon l'offre souscrite, les contenus peuvent servir à entraîner des modèles, et l'entreprise n'a en général aucune trace de ce qui a été envoyé ni par qui.
Le risque, dans presque tous les cas, n'est pas le fournisseur. C'est qu'aucun collaborateur ne sache ce qu'il a le droit d'y coller, parce que personne ne le lui a écrit.
Si cette option est retenue, elle doit l'être explicitement, avec une règle écrite sur ce qui peut y passer et ce qui ne peut pas. Une règle qui tient en cinq lignes vaut mieux qu'une politique de dix pages que personne ne lit.
Ce que dit la loi suisse
La nouvelle loi sur la protection des données n'interdit pas d'envoyer des données à l'étranger. Elle impose de savoir où elles vont, de garantir un niveau de protection adéquat, et de pouvoir le démontrer. Le secret professionnel, lui, est une obligation distincte et plus stricte, propre à certaines professions, et c'est lui qui conduit le plus souvent à l'option 1.
Cet article décrit une pratique d'ingénierie et ne remplace pas un avis juridique. Pour un cas soumis au secret professionnel, faites valider le montage par votre conseil avant de signer quoi que ce soit.